EN IMAGES. Foire d'art contemporain africain AKAA : quand ils créent en recyclant

Dans les mains de ces artistes, les déchets deviennent une matière noble à qui leur processus créatif donne une seconde vie. A découvrir jusqu'au 23 octobre 2022 à AKAA, au Carreau du Temple à Paris

En observant de près les œuvres des artistes exposées par les 38 galeries internationales présentes pour la septième édition de la foire parisienne AKAA (Also Known As Africa), dédiée à l'art contemporain africain, on retrouve parfois les restes de notre quotidien. Comme des touches de clavier, des tongs découpées ou tout simplement du similicuir. Le Congolais Maurice Mbikayi, le Ghanéen Patrick Tagoe-Turkson, le Togolais Tesprit ou encore le Malien Daouda Traoré donnent ainsi naissance à des objets artistiques en valorisant d'autres mis au rebut.

AKAA (Alsa Known As Africa)
21-23 octobre 2022 au Carreau du Temple à Paris 
2 Rue Perrée, 75003 Paris

15
[Untitled, 2022] "Touches de clavier, fibre de verre et résine, acrylique sur matériau trouvé", telle est la description de cette œuvre du Congolais Maurice Mbikayi où le mot "trouvé" décrit bien la démarche de l'artiste dont les déchets électroniques sont devenus la matière première. Son intention : "recycler ces touches de vieux ordinateurs jetés par les gens pour créér de beaux objets", explique à franceinfo Joachim Melchers, directeur de la Artco Gallery qui le représente. L'artiste dénonce le fait que "les pays européens envoient leurs déchets en Afrique", notamment au "Ghana et au Nigeria", où les populations sont livrées à elles-mêmes pour les gérer. C'est "un énorme problème", estime Maurice Mbikayi qui travaille et vit en Afrique du Sud.  ARTCO GALERIE
25
[Tsirkor (One Head) - 2021] Patrick Tagoe-Turkson promeut la durabilité à travers l'art. Les tongs ("flip-flop" en anglais) qu'il récupère sur les plages ghanéennes servent à créer des mosaïques chatoyantes de couleurs grâce à la technique du collage."Ses amis et lui ramassent les vieilles tongs jetées sur les plages ou dans la mer, d'où elles reviennent pour s'échouer sur les rivages", confie Joachim Melchers, à la tête de la Artco Gallery qui promeut l'artiste ghanéen.  PATRICK TAGOE-TURKSON, COURTESY ARTCO GALERIE
35
[Chemin de Croix] Ce sont également les tongs qui inspirent le Togolais Tesprit, Foli Kossi Gérard Tete à l'état civil. "Ce ne sont que des sandales, pas de peinture", souligne ce dernier devant ses productions. "Je les récupère sur les décharges et également en bordure de mer. Au Togo, dont je suis originaire, les sandales sont baptisées 'dzimapklao'. Ce qui veut dire 'enfants sans éducation'". Tesprit fait ainsi un parallèle entre ces sandales et les enfants des rues qui ne reçoivent aucune éducation, parce qu’abandonnés. Des enfants que l’artiste côtoie dans sa quête de matériau dans les décharges. "Ils viennent y récupérer des boîtes de conserve qu’ils revendent au kilo pour survivre. Je les prends en photo et je les immortalise sur la toile. Je raconte ainsi l’histoire de ces enfants, qui errent dans les rues, dans mes œuvres afin que les gens tournent leur regard vers eux", explique-t-il à franceinfo.   TESPRIT
45
[Dzimakplao III] "Ils n’ont pas de visage", fait remarquer Tesprit qui entend ainsi rappeler que la collectivité devrait se sentir responsable de ces enfants que personne ne réclame. Evoquer leur quotidien lui a paru une évidence quand il a commencé à travailler avec les tongs. "Le matériel a un lien direct avec les enfants. Ce sujet m’a choisi", résume Tesprit. "La première œuvre que j’ai réalisée n’avait rien à voir avec les enfants. J’utilisais alors de la peinture. L’année prochaine, je célèbrerai mes dix ans de carrière. Mais les tongs sont arrivées, il y a environ trois ans, avec la crise du Covid. Les boutiques de peinture étaient fermées et je n’avais plus les moyens de me procurer le matériel. Dans les décharges, on ne me demande rien, à part le masque. C’est là que le déclic s’est produit".   TESPRIT
55
[Mon petit journal] Fil de laine ou de fer, tôle, tissus, similicuir et sac de riz sont magnifiés dans la production de Daouda Traoré. Sur du bois ou sur toile, l'artiste "travaille avec des matériaux qu'il trouve dans son environnement", indique Barbara Kopkavo, directrice de la galerie Soview qui présente sa production à AKAA. "Il utilise tout ce qu'il trouve pour s'exprimer", poursuit-elle. Né en Côte d'Ivoire, Daouda Traoré travaille à Sikasso, au Mali, à 9h de la capitale Bamako, où il n'est pas aisé de trouver ce qui lui est nécessaire. L'art est "le quotidien" de ce professeur d'Arts plastiques, qui a la chance de former encore les plus jeunes. Mon petit journal est le portrait d'un de ses étudiants qui, quand il lui rend visite dans son atelier, passe des heures à parcourir le journal sans vraiment le lire. Ces pages rimant pour le jeune homme avec évasion.  DAOUDA TRAORE