Infographies Crise énergétique : où se trouvent les passoires thermiques en France ?

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La France compterait plus de 7 millions de passoires thermiques. (JEREMIE LUCIANI / FRANCEINFO)

Alors qu'une potentielle pénurie d'électricité menace la France cet hiver, franceinfo se penche sur la localisation et les caractéristiques des sept millions de passoires thermiques françaises, ces logements particulièrement énergivores.

Pour passer l'hiver et faire face à la crise énergétique, tous les logements ne se valent pas. Les factures de gaz et d'électricité s'envoleront avant tout dans les passoires thermiques. Un terme qui désigne les logements dont le diagnostic de performance énergétique (DPE) est classé F ou G, car ils consomment plus de 330 kWh/m2 et par an. Mal isolés, ils demandent davantage d'énergie pour être convenablement chauffés.

Dans l'Hexagone, leur nombre total fait débat. Le ministère de la Transition écologique considère qu'un peu plus de 5,2 millions de résidences principales constituent une passoire thermique, mais plusieurs organisations telles que la Fédération nationale de l'immobilier pense que ce chiffre est sous-estimé.

Pour établir une cartographie de ces passoires thermiques, franceinfo s'est appuyé sur le travail de Yassine Abdelouadoud, chercheur indépendant spécialisé dans la transition énergétique. Il a notamment redressé les données de l'Ademe sur le sujet, afin d'en corriger les biais (voir méthodologie ci-dessous). Au total, le chercheur a décompté un peu plus de 7 millions de passoires thermiques parmi les résidences principales. Soit 24,7% du parc. Il a également relevé des données au niveau local pour savoir où se trouvent précisément les passoires thermiques.

La carte ci-dessus montre la part des passoires thermiques (donc les logements classés F ou G au DPE) par communauté de communes. Il ressort que le taux de logements énergivores est plus important dans le centre de la France, dans ce qui est communément appelé "la diagonale du vide", avec plus d'un logement sur trois concerné dans bon nombre d'intercommunalités.

A l'inverse, les zones frontalières du Luxembourg, de l'Allemagne et de la Suisse, ou encore la façade atlantique comptent relativement moins de passoires thermiques. Moins d'un quart des logements consomment plus de 330 kWh/m2 par an dans ces zones.

Retrouvez ci-dessous les données de votre intercommunalité en tapant le nom de votre commune.

Mais alors comment expliquer ces différences ? Quelles sont les caractéristiques des logements les plus touchés ? Sont-ils plus nombreux en ville ou dans les zones rurales ? Dans les villes pauvres ou riches ? Franceinfo fait le point en graphiques.

Les passoires thermiques sont d'abord des logements anciens

En toute logique, plus un logement est ancien, plus son efficacité énergétique est mauvaise. Les passoires thermiques sont surreprésentées dans les logements datant d'avant 1945, qui pèsent plus d'un tiers du parc de logements français. Le taux de logements classés F ou G s'élève à 41,8% lorsqu'ils ont été construits avant 1918, de 39,7% pour ceux construits entre 1919 et 1945 et seulement de 0,4% après 2013.

En cause, la construction de bâtiments qui n'était soumise à aucune contrainte réglementaire de performance avant les années 1970. "Les premières législations en matière de DPE remontent à 1974, après le premier choc pétrolier. Avec la crise énergétique, les pouvoirs publics ont constaté qu'il était nécessaire de contrôler les consommations des logements. Et les réglementations correspondant aux standards actuels datent de 2012", explique Lucas Vivier, doctorant au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (Cired), à franceinfo.

Un tiers des logements de moins de 30 m2 sont des passoires thermiques

En termes de superficie, les logements les plus petits possèdent l'efficacité énergétique la plus faible. Quelque 32,1% des logements de moins de 30 m2 sont des passoires thermiques. Même constat pour ceux situés entre 30 m2 et 40 m2 : le taux de logements classés F ou G s'élève à 31,8%. A l'inverse, les logements dont la superficie est la plus grande sont moins énergivores.

Pour expliquer le phénomène, la méthode de calcul du DPE peut être questionnée : "Il y a une part fixe de consommation énergétique qui dépend du nombre de personnes, mais n'évolue pas avec la taille du logement, comme le nombre de douches par exemple. Si vous êtes deux dans un appartement vous consommez la même quantité d'énergie pour vos douches que l'appartement fasse 20 ou 60 m2, explique Lucas Vivier. Mais comme le DPE est un calcul de quantité d'énergie par m2, ce chiffre est divisé par 20 dans le premier cas et par 60 dans le second, pénalisant donc le logement plus petit."

Louis-Gaëtan Giraudet, chercheur à l'Ecole des Ponts-ParisTech, ajoute que "les habitants de petits appartements n'ont pas envie de perdre de la surface habitable et vont donc moins faire des grands travaux d'isolation. Ils vont juste effectuer des rénovations partielles, sur les fenêtres par exemple. Et pour ce qui est de la façade, il faut réussir à se mettre d'accord avec la copropriété dans les immeubles". Pourtant, c'est bien la rénovation des parois opaques (murs, plancher, combles) qui est la plus efficace pour améliorer la note DPE.

Des logements plus énergivores en zones rurales et dans les grandes villes

Le problème des passoires thermiques ne se pose pas dans les mêmes proportions selon le type de territoire. Franceinfo a réparti les communes de l'Hexagone en six catégories (voir méthodologie). Les communes rurales comptent ainsi, en moyenne, le plus de logements énergivores, avec près de 30% des habitations concernées. Les grandes villes ne sont pas non plus épargnées puisque près d'un logement sur quatre y est considéré comme une passoire thermique. Ce sont les banlieues qui comptent la part la plus faible de bâtiments classés F ou G (à peine plus de 20%) qu'il s'agisse des banlieues aisées ou populaires.

L'Ile-de-France est un bon exemple pour observer le phénomène en carte. Paris compte de nombreuses passoires thermiques, puisqu'elles y représentent presque 33% des résidences principales. En revanche, la grande majorité des communes de la petite couronne, c'est-à-dire les départements limitrophes de Paris, comptent moins de 23,5% de logements énergivores. Plus on s'éloigne du centre, plus la part des passoires thermiques repart à la hausse, jusqu'à dépasser 29% dans certains territoires de l'est de la Seine-et-Marne, les moins urbanisés de la région.

L'ancienneté et la taille des logements justifient aussi ces différences. En zone rurale, les bâtiments très anciens sont nombreux : plus de 30% d'entre eux datent d'avant 1945. Ils ont donc plus de chances d'être des passoires thermiques.

De leur côté, les grandes villes comptent également un peu plus de bâtiments construits avant 1945 que la moyenne nationale (26% contre 22%). A cela s'ajoute le problème de la petite taille des logements, que les propriétaires ne font souvent pas rénover afin de ne pas perdre de surface.

Les HLM sont mieux isolés que la moyenne

Dans l'Hexagone, le taux de passoires thermiques s'élève à 17,2% pour les logements appartenant à des bailleurs sociaux contre 25,6% par des locataires privés. Du côté des propriétaires, le taux de logements classés F ou G monte à 26,8%. Les habitations à loyer modéré (HLM) sont donc moins souvent des passoires thermiques.

Cela s'explique car le parc de logements sociaux est composé de bâtiments plus récents que les logements privés. "De fait, ils sont mieux isolés et pour la plupart chauffés au gaz", explique Lucas Vivier. D'autre part, les bailleurs sociaux, "gèrent leur parc immobilier sur le long terme et intègrent des cycles de rénovation plus réguliers de leurs biens que les propriétaires privés", avance Andreas Rudinger, chercheur associé à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

Les communes les plus riches comptent moins de passoires thermiques

En croisant les chiffres des passoires thermiques avec les données socio-économiques apparaît un lien avec le niveau de revenu médian par commune. Dans les 10% des communes les plus riches, le taux de passoire thermique n'est que de 21%, alors qu'il avoisine les 26% dans le tiers de communes les plus populaires. Et la différence est un peu atténuée par le cas particulier des HLM, qui affichent donc des bilans énergétiques meilleurs que la moyenne et sont plus nombreux dans les villes les plus pauvres. Si on exclut les logements sociaux, la part de passoires thermiques dans le tiers des communes les moins favorisées s'établit à 28%.

Une des pistes pour expliquer le phénomène se trouve dans la capacité pour un ménage à réaliser des travaux de rénovation énergétique. "Il peut être compliqué pour les ménages les plus pauvres d'entreprendre des démarches de rénovation, explique Louis-Gaëtan Giraudet. Les aides comme Ma Prime Rénov' leur permettent d'éviter de faire des crédits, mais c'est surtout la démarche, en tant que telle, qui est complexe."

Les logements chauffés à l'électricité et au fioul sont davantage concernés

Enfin, il apparaît que les logements fonctionnant au fioul sont les plus gourmands en énergie, avec plus de 34% d'entre eux considérés comme des passoires thermiques. Les logements chauffés à l'électrique ne font guère mieux, avec 31% de passoires thermiques.

En revanche, les bâtiments utilisant principalement du gaz tirent leur épingle du jeu puisqu'à peine 16% d'entre eux obtiennent la note de F ou G. "Ce sont généralement les logements les plus récents. Ils sont de meilleure qualité, explique Louis-Gaëtan Giraudet. A l'inverse, ceux chauffés au fioul sont les plus anciens." Le calcul du DPE a également tendance à favoriser les logements fonctionnant aux énergies fossiles (gaz, fioul) par rapport à l'électrique. A consommation égale, un logement fonctionnant au gaz aura ainsi une meilleure classe énergétique qu'un logement chauffé à l'électricité.


Méthodologie 

Les données sur la performance énergétique du parc résidentiel de Yassine Abdelouadoud ont été obtenues en corrigeant la base DPE mise en libre accès par l'Ademe (DPE réalisés avant juillet 2021) des biais qu'elle présente, à la fois en termes de qualité des DPE et de représentativité du parc.

En effet, les DPE ne sont pas connus pour la totalité des logements, et les données de l'Ademe ne reflètent pas l'ensemble du parc immobilier. Elles ont donc été croisées avec les statistiques sur le logement de l'Insee pour obtenir des chiffres représentatifs. D'autres biais liés à la réalisation des DPE ont également été corrigés. Le détail de la méthodologie est à retrouver ici.

Pour répartir les communes hexagonales en six catégories de territoires, franceinfo s'est appuyé sur trois bases de données de l'Insee : les aires d'attraction des villes, le niveau de densité de population par commune et la part de HLM.

Grâce à la base des aires d'attraction des villes de l'Insee, 50 grandes métropoles dont l'aire urbaine dépasse 200 000 habitants ont été identifiées. Cette base de données permet également d'identifier la commune-centre, appelée "grande ville". Les autres communes de ces pôles correspondent aux banlieues. Le périurbain est constitué des communes de la couronne qui entourent ces centres urbains. Parmi les villes de banlieue sont distinguées les communes populaires, qui comptent plus de 28% de logements sociaux.

Les territoires éloignés des grandes métropoles ont également été répartis en deux catégories : d'un côté, les communes qualifiées par l'Insee de "densément peuplées" ou de "densité intermédiaire", regroupées sous l'appellation de villes éloignées des grandes métropoles ; de l'autre, les communes "peu denses" ou "très peu denses", qui constituent les zones rurales.

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