Loi anti-corrida : "On n'est pas des fous barbares et sanguinaires", se défend l'ancienne torera Marie Sara

"C'est un art, c'est une culture et je ne peux pas imaginer qu'on puisse sanctionner une culture en France", a déclaré Marie Sara, ancienne torera française et co-directrice des arènes de Nîmes, alors que l'Assemblée nationale examine jeudi un projet de loi anti-corrida.

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 4 min.
La torera Maria Sara plante une banderille dans un taureau en mars 1991 lors d'une corrida à Nîmes. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

"On n'est pas des fous barbares et sanguinaires", s'est défendue jeudi 24 novembre sur franceinfo Marie Sara, ancienne torera française et co-directrice des arènes de Nîmes alors qu'une proposition de loi anti-corrida, portée par le député LFI Aymeric Caron, est discutée ce jeudi à l'Assemblée nationale. "C'est un art, c'est une culture et je ne peux pas imaginer qu'on puisse sanctionner une culture en France", a-t-elle déclaré. Elle rejette en bloc l'argument de la souffrance animale avancée par les militants anti-corridas : "Un taureau ne souffre pas. Il est là pour donner la mort et pour combattre", assure-t-elle.

>> Corrida : quatre questions sur la proposition de loi qui réclame son interdiction en France

franceinfo : Que dites-vous à ceux qui voudraient voir disparaître la corrida ?

Marie Sara : Je voudrais parler de tolérance. La corrida est très présente dans le sud de la France et bien entendu, c'est très important pour nous parce que cela touche plusieurs secteurs. Le secteur, bien sûr économique, mais aussi écologique. Et puis c'est un art, c'est une culture et je ne peux pas imaginer qu'on puisse sanctionner une culture en France.

Entendez-vous l'argument de la souffrance animale ?

Non, je ne l'entends pas. Je suis tout à fait contre la souffrance animale. Bien entendu, je suis la première à lutter contre la souffrance animale, mais ce n'est pas du tout ce qui est en jeu dans l'arène. Le taureau de combat est un animal qui est un fauve, qui est à l'état totalement sauvage, élevé dans de grands espaces et qui, dans son être intérieur, ne pense qu'à combattre. Il est extrêmement violent.

Monsieur Caron n'a pas très bien compris ce qu'était la corrida et surtout ce qu'était qu'un taureau de combat. "Le taureau de combat n'existe aujourd'hui que pour la corrida. Il n'existerait plus, sinon."

Marie Sara, ancienne torera française et co-directrice des arènes de Nîmes

à franceinfo

Ce n'est pas un animal normal. Ce n'est pas un petit toutou. Un taureau ne souffre pas, il est là pour donner la mort et il est là pour combattre. Il est d'une violence inouïe. 

La mise à mort, les banderilles ce n'est pas pour vous de la cruauté ?

Ce n'est pas de la cruauté animale parce que ce qu'il faut, c'est respecter l'animal dans son être. Un taureau de combat n'a rien à voir avec un autre bovin. Aujourd'hui, sur la planète, et en France notamment, ils meurent,  je ne sais pas combien de milliers de bovins chaque jour. Le taureau de combat est destiné effectivement aussi à mourir, mais il va vivre quatre ans ou cinq ans, souvent dans des espaces qui sont préservés, totalement en liberté.

"Il va être élevé comme un roi, donc il va avoir la meilleure des vies pour un bovin. Puis, il va se sublimer dans l'arène le jour de sa mort parce que c'est dans sa nature profonde. On respecte l'animal."

Maria Sara

à franceinfo

J'ai été éleveur de taureaux pendant plus de 20 ans. S'il y a bien quelqu'un qui respecte l'animal et qui aime les animaux, c'est moi, comme beaucoup de gens en Camargue, dans les Landes, dans le Gers. On est éleveur de taureaux parce qu'on l'aime, parce qu'on le respecte et parce qu'on aime sa nature profonde. 

Aymeric Caron dénonce "le plaisir immoral à tuer un animal en public". Que lui répondez-vous ?

C'est une insulte parce qu'on n'est pas des barbares.  Quand il y a une feria, il y a 20 000 personnes dans une arène comme Nîmes, comme Arles, comme Béziers et comme Dax, comme Mont-de-Marsan comme Bayonne. Ce ne sont pas des fous barbares et sanguinaires, ce sont des gens tout à fait normaux qui vont pour voir sublimer le courage et la bravoure, le côté héroïsme du torero, le magnifique comportement du taureau. C'est un hymne à la vie, au courage, mais absolument pas un acte barbare. 

Seriez-vous favorable à une corrida sans mise à mort ?

Non parce que la corrida, dans son essence même, doit aller jusqu'à la mort. Le taureau, de toute façon, est destiné à mourir. Une fois qu'il a combattu, on lui offre la mort. Il va aller jusqu'au bout de son combat. Le torero joue la vie. Le torero prend des risques énormes jusqu'à la blessure, et quelquefois, hélas, jusqu'à la mort. Il se met à la hauteur de l'animal. Il accepte la mort. Il accepte la blessure par respect pour l'animal. Il ira jusqu'au bout et donc l'issue de la vie et la mort. Il faut ouvrir les yeux. À un moment donné, il faut arrêter de se cacher les yeux et de continuer à tuer les bovins dans un abattoir et manger de la viande. 

Pensez-vous que la corrida s'arrêtera un jour ?

Je me battrai toujours pour que ce soit le plus tard possible, parce que c'est ma vie. C'est la vie de beaucoup de gens ici en Camargue. Mais c'est possible... La société évolue avec le bien-être animal, avec la peur de la mort, la peur du courage. Donc c'est possible. En tout cas, nous, on se battra.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Assemblée nationale

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.