Restriction de paracétamol : "C'est juste un approvisionnement qui est un peu plus chaotique", relativise un pharmacien

Le paracétamol, composé chimique connu sous les marques Doliprane et Efferalgan, connaît des difficultés d'approvisionnement. De quoi craindre une pénurie ? Franceinfo fait le point ce jeudi 20 octobre avec le président de l'Union de Syndicats des Pharmaciens d'Officines (USPO)

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Radio France
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Une boite Doliprane 1000 dans une pharmacie à Aurillac le 11 avril 2020. Photo d'illustration.  (J?R?MIE FULLERINGER / MAXPPP)

Pas plus de deux boîtes par personne. L'Agence du médicament (ANSM) appelle ce jeudi 20 octobre à restreindre les achats de paracétamol. Cela "ne veut pas dire qu'il n'y a plus du tout de paracétamol dans certaines officines", rassure sur franceinfo Pierre-Olivier Variot, président de l'Union de Syndicats des Pharmaciens d’Officine (USPO), également pharmacien à Plombières-lès-Dijon (Côte-d’Or).

franceinfo : Quand on parle de tensions d'approvisionnement, est-ce que ça veut dire qu'il y a des officines où il n'y a plus du tout de paracétamol, ce sont des variétés qui manquent, certaines marques ?

Pierre-Olivier Variot : Non ça ne veut pas dire qu'il n'y a plus du tout de paracétamol dans certaines officines. Ca veut juste dire que pour certaines formes, on est contingenté [restreint], pour d'autres formes, on a une rupture de quelques jours et on va pouvoir en recevoir après. Par exemple, là où on est contingenté fortement, ce sont sur des formes pédiatriques, les sirops, où on est limité à un carton par mois. Parfois on a besoin d'en avoir plus donc il faut qu'on jongle avec d'autres marques, d'autres formes, éventuellement donner des gélules pour un enfant qui fait moins de 30kg. C'est juste un approvisionnement qui est un peu plus chaotique. Pour l'adulte, on arrive toujours à trouver une forme ou une autre qui va aller. La mesure de l'ANSM est une mesure de bon sens, pour essayer de ne pas augmenter encore plus les ruptures d'approvisionnement.

Les patients comprennent-ils ces mesures ?

Oui, il n'y a aucun souci. Ceux qui viennent pour un achat en direct, sans ordonnance, comprennent qu'on limite. Pour ceux qui ont des prescriptions, l'Agence nous recommande de ne dispenser que la juste quantité, mais c'est déjà ce que nous faisions lorsqu'on avait signé un partenariat avec l'Assurance maladie. Quand un médecin prescrit un gramme de paractémol trois fois par jour pendant un mois, ça fait 11 boîtes, mais on n'a pas forcément besoin des 11 boîtes parce qu'on ne prend pas tous les jours trois grammes.

"On va dispenser moins pour que le patient ait la quantité qu'il lui faut : il n'est pas question de le rationner mais de lui dire "prenez la quantité dont vous avez besoin, et ne stockez pas"

Pierre-Olivier Variot, président de l'Union de Syndicats des Pharmaciens d’Officine (USPO)

France Info

Le paracétamol, ce n'est que la partie émergée de l'iceberg : il y a énormément de ruptures de médicaments en France, ce qui coûte du temps au pharmacien parce qu'il faut trouver des solutions.

Quels médicaments sont concernés par ces pénuries ?

Des anti-cancéreux, des anti-hyper-tenseurs, des anti-diabétiques. On parle aujourd'hui de près de 2 500 médicaments qui sont en rupture, et ça a plus que doublé depuis le début de l'année. L'ANSM met en place ce qu'on appelle des médicaments d'intérêt thérapeutique majeur qui vont avoir un stock mobilisable en France et en Europe, et les industriels auraient des amendes si ce n'est pas le cas. Aujourd'hui, en France, on a le médicament le moins cher d'Europe : l'industriel peut vendre un peu plus à un autre pays, ou alors il va tout vendre en France mais des dépositaires vont trouver mieux de vendre ces médicaments à nos voisins. Ca s'appelle les exportations parallèles et ça appauvrit le marché français, ça met en danger l'accès aux soins des patients.

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