Assemblée nationale : "Une abstention, ça se paie", pourquoi les oppositions choisissent de s'abstenir au lieu de voter contre une loi

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Est-il possible de toujours voter contre les textes du gouvernement à l’Assemblée ? Au sein de la Nupes, comme des Républicains, l’abstention fait débat. Le brief politique de Jean-Rémi Baudot 

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Radio France
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L'Assemblée nationale le 28 juin 2022. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Après des semaines d’opposition frontale sur le budget et de motions de censure,  il s'est passé quelque chose dans la nuit de mardi à mercredi dernier : les députés ont voté le budget rectificatif 2022, sans 49.3, malgré l’absence de majorité absolue. 

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Le texte a été adopté grâce à l’abstention des Républicains et des socialistes, satisfaits que certaines de leurs propositions aient été entendues. Ils étaient satisfaits mais ils n'ont pas voté pour, car on peut imaginer qu’ils n’étaient pas d’accord avec l’ensemble du texte. Mais pour une question de positionnement politique, ils ne souhaitaient pas le bloquer. C’est là que l’abstention redevient un outil utile. "L’abstention, ca permet de laisser passer des textes", assume un député communiste. Vis-à-vis de ses électeurs, ça évite de s’afficher comme un élu qui vote aveuglément ou systématiquement contre des textes qui vont parfois dans le sens de l’intérêt général. C’est notamment le dilemme de la gauche pour le texte sur les énergies renouvelables actuellement en discussion. 

Pour l'heure, la Nupes est divisée sur le projet de loi "EnR" sur les énergies renouvelables. Pour certains insoumis ou écologistes, ce texte ne va pas assez loin et ne remet pas en cause le marché libéral de l’énergie: ce sera donc un vote contre.

"Médiatiquement et politiquement"

Mais, comme le confiait un député Nupes à franceinfo : "Il y a le texte et le contexte". Alors, comment voter contre une loi qui veut, par exemple, accélérer l’installation des éoliennes ? L’électorat de gauche peut-il accepter le blocage d’un tel texte au moment où la question climatique est au cœur des préoccupations ?  "Médiatiquement et politiquement, c’est impossible de voter contre", théorise ainsi une députée insoumise. Mais c'est une position qui n’est pas partagée au sein de LFI. En fait, la ligne officielle n’est pas encore tranchée, mais la gauche à l’Assemblée se retrouve un peu coincée : les sénateurs écologistes, socialistes et communistes ont voté pour le texte la semaine dernière. Une abstention pourrait permettre à ce texte d’avancer sans avoir l'air de soutenir le gouvernement. 

L'executif recherche évidemment cette abstention : aujourd’hui sur les énergies renouvelables, demain sur les retraites. Selon les sujets, le gouvernement cherche l’abstention à gauche ou à droite. Avec quelque 250 membres de la majorité à l’Assemblée, il faut 30 et 40 abstentions, mais comme le dit un fin connaisseur du parlement, "Une abstention, ça se paie". Cela veut dire que la majorité doit lâcher du lest et accepter des propositions de l’opposition pour que le texte récolte au minimum des abstentions.  C’est toute la mécanique qui se joue actuellement en coulisses. Et un ministre de résumer : "Il faut avancer avec méthode, malice et technique parlementaire."

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