La féminisation des musées se met en route : de plus en plus d'œuvres d'artistes femmes sont exposées et recherchées

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Les musées se féminisent. Depuis deux ans, en France et à l'étranger, ils ont lancé une politique d'acquisition massive d'œuvre d'artistes femmes. 

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"Enfant avec une poupée" de l'artiste russe Marie Vassilieff, présenté par la maison de vente aux enchères Sotheby's à Londres, en juin 2008. (ADRIAN DENNIS / AFP)

On partait de loin, les chiffres sont édifiants : à Paris, au Petit Palais par exemple, on compte un peu moins de 200 œuvres d'artistes femmes sur les quelques 50 000 de la collection, soit 0,4%. Au musée des Beaux-Arts de Rouen, pourtant très engagé depuis 2018 sur cette question, il y a moins de 1% d'œuvres d'artistes femmes.

Jusqu'au XXe siècle, elles étaient moins nombreuses et surtout moins reconnues. Le ratio est donc un peu meilleur dans les musées d'art contemporain qui peuvent plus facilement acquérir de jeunes artistes. Ainsi, au Centre Pompidou, 18,5% des artistes du musée national d'art moderne sont des femmes, mais celles nées après 1970 sont les plus représentées.

"Une demande de rattrapage très importante"

De plus en plus d'expositions sont consacrées aux artistes femmes. Cela pousse d'ailleurs les conservateurs à sortir des réserves des œuvres qui y dormaient parfois depuis longtemps. Les musées mènent par ailleurs une politique d’acquisition volontariste, selon Eric Dereumaux, fondateur de la galerie RX, spécialisée en art contemporain. "Il y a un tel retard dans les institutions internationales sur les femmes qu'aujourd'hui, dans les collections privées et dans les institutions publiques, il y a une demande de rattrapage très importante, observe Eric Dereumaux. Ce qui fait que vous avez beaucoup plus de chances en tant que femme de rentrer dans les collections qu'un homme."

À Rouen, le musée des Beaux-Arts a mené avec l'association Aware, qui soutient les artistes femmes, une étude pour faciliter ses futures acquisitions et ne pas rater des opportunités. "L'idée est de nous aider à avoir une veille active sur le marché de l'art, explique Peggy Legris, responsable de la médiation, pour repérer les femmes artistes qui ne sont pas forcément présentes dans nos collections et dont les œuvres viendraient à juste titre les enrichir."

Des cotes qui montent

Cette veille active est d'autant plus importante que la demande sur le marché de l'art est forte. On a pu le constater récemment à Paris lors du salon Fine Arts, avec plusieurs ventes importantes. "Sur le marché, l'intérêt est grandissant entre les musées français, les collectionneurs mais aussi les musées étrangers", confirme Olivia Voisin, à la tête des musées d'Orléans.

"Aujourd'hui, les musées américains souhaitent acquérir beaucoup plus d'artistes femmes qu'ils ne l'ont fait par le passé. Dès qu'un tableau sort, la concurrence est rude puisque tout le monde veut ces tableaux."

Olivia Voisin, directrice des musées d'Orléans

à franceinfo

Face à cette concurrence, les musées américains sont très offensifs. "Tamara Kostianovsky est un très bon exemple, constate le galeriste Eric Dereumaux qui représente l'artiste contemporaine. En 2023, sept musées américains vont l'exposer dans trois expositions personnelles qui dans la plupart des cas amèneront des acquisitions. Cela montre à quel point, quand les institutions se mettent en place, elles le font de façon très forte." 

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L'une des conséquences de cet engouement pour les artistes femmes, c'est l'augmentation des prix des œuvres. Françoise Livinec est galeriste depuis quinze ans. Elle a toujours présenté beaucoup d’artistes femmes et elle a vu les prix évoluer. "Un exemple interessant, c'est Marie Vassilieff, élève de Matisse. Les institutions commencent à découvrir la force de cette femme", relève Françoise Livinec.

"Des œuvres cubistes de Marie Vassilieff pouvaient valoir 50 000 euros ou 100 000 euros et aujourd'hui, pour un grand tableau de 1913, tout au début du cubisme, on est aux alentours d'un million d'euros."

Françoise Livinec, galeriste

à franceinfo 

"Il y a une cote qui monte mais un Fernand Léger, avec qui Marie Vassilieff a beaucoup travaillé, ça vaut 50 millions d'euros", relativise la galeriste. Certains estiment que le retard est tel qu'il faudra vingt ans avant un réel rattrapage.

François Livinec, galeriste, devant une toile de Marie Vassilieff. (ANNE CHÉPEAU / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Les musées, en tout cas, doivent s'adapter à l'évolution de la société. "Il faut que notre musée puisse parler à tous, aiguiser la curiosité de tous, affirme Annick Lemoine qui dirige le Petit Palais à Paris. Cette question aujourd'hui pregnante de la parité, de la place de la femme dans la société, des mouvements #MeToo, fait que si on peut valoriser un parcours de femme artiste, proposer des expositions dès lors qu'elles sont nécessaires, notamment pour la recherche, cela me semble extrêmement pertinent." 

Et en 2023, le Petit Palais mettra à l'honneur Sarah Bernhardt, car la grande comédienne fut aussi sculptrice. 

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