Espagne : la grève des médecins madrilènes, symptôme d'un système de santé qui va mal

écouter (2min)

En Espagne, les médecins généralistes et les pédiatres de la région de Madrid sont en grève ce lundi. Le mouvement s'annonce massif dans un secteur qui se porte de moins en moins bien.

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min.
Une table d'examen dans un cabinet médical. (FLORENCE GOTSCHAUX / RADIO FRANCE)

Ces médecins dénoncent des carnets de rendez-vous "sans fin", une "surcharge de travail" intenable, et surtout trop peu de temps passé avec leurs patients. Les cas de burn-out se multiplient. Dans la région de Madrid, un généraliste peut enchaîner 50 ou 60 rendez-vous par jour. Ils en veulent 31 maximum et au moins 10 minutes avec chaque malade. Jusqu'au bout, ils ont essayé de discuter avec le ministère régional de la santé, avec une dernière réunion vendredi 18 novembre, mais n'ont même pas réussi à s'entendre sur le diagnostic : ils sont donc près de 5 000 à commencer lundi 21 novembre une grève illimitée.

Et ce ne sont pas les premiers. Pendant deux semaines, ce sont les médecins des 80 centres de santé de quartier madrilènes, ouverts 24 heures sur 24, qui se sont mis en grève. Là aussi, trop de travail et pas assez de bras. Pour résoudre le problème, la présidente de la région, Isabel Diaz Ayuso, souvent comparée à Donald Trump, a proposé de généraliser la téléconsultation. Refus catégorique des médecins qui ont quand même fini par suspendre leur mouvement, la région acceptant d'ouvrir moitié moins de centres que prévu.

Une hémorragie de 18 000 médecins en 10 ans

Pour l'an prochain, la Communauté va dépenser 2 444 millions d'euros pour les soins primaires, soit 22,2% de plus que cette année. Malgré ces chiffres, la région la plus riche d'Espagne est bien celle de toute l'Espagne qui consacre le moins d'argent à ce qu'on appelle le système de soin primaire. Plus largement, c'est l'ensemble du système de santé espagnol se dégrade. Experts et analystes s’accordent à dire que la pandémie a laissé le système exsangue. Selon les syndicats, les services de soins de proximité de la région de Madrid sont sous pression depuis plusieurs années, par manque de moyens et de personnels. Et selon eux, les difficultés ont été accrues par un mauvais management régional.

Mais par ailleurs, au niveau national, le pays fait face à une véritable hémorragie : entre 2011 et 2021, sur 10 ans, 18 000 médecins ont mis les voiles. En tout cas, ils sont 18 000 à avoir réclamé leur certificat d’aptitude, document obligatoire pour aller exercer à l’étranger. Parmi les destinations les plus demandées : la France, le Royaume-Uni, l’Irlande, la Suisse et l’Allemagne. Les conditions de travail y sont plus agréables et les salaires plus élevés. En France, un médecin généraliste gagne en moyenne 92 000 euros par an. En Espagne, il gagne 53 000 euros, quasiment deux fois moins.

Un pansement sur une jambe de bois

Or, ces départs accentuent encore la pénurie : il manquerait en Espagne près de 6 000 médecins traitants et pédiatres, surtout dans les zones rurales, rapporte le journal El País, en s’appuyant sur les données de l’Ordre des médecins.

Mi-octobre, le gouvernement a annoncé une enveloppe de 50 millions d’euros pour ouvrir la création de 1 000 places supplémentaires dans les facs de médecine. Augmenter le nombre de professionnels, c'est bien, sauf que le nombre de facultés de médecine a déjà largement augmenté au cours des quinze dernières années (passant de 28 à 46) et que, si à leur sortie de l'université, les nouveaux arrivants sont toujours aussi mal payés et que leurs conditions de travail ne s'améliorent pas, eux non plus ne voudront pas rester ! Même les syndicats de médecins considèrent que c'est un pansement sur une jambe de bois.

L'avenir est assez sombre d'autant que l'Espagne est un pays qui vieillit : au cours des dix prochaines années, 80 000 professionnels de santé vont partir à la retraite et, évidemment, il sera impossible de tous les remplacer.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.