Immigration : un documentaire de la BBC dévoile les conditions de la mort de dizaines de migrants à Melilla

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Un documentaire de la BBC estime le bilan à au moins 24 morts et 77 disparus, alors qu'officiellement il n'est fait état que de 23 morts.
Article rédigé par
Frédéric Says - franceinfo
Radio France
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Un membre des forces de sécurité marocaines face au mur de barbelés à l'enclave espagnole de Melilla au Maroc, le 26 juin 2022. (FADEL SENNA / AFP)

Melilla, cette enclave espagnole au Maroc, est la seule frontière terrestre entre l'Afrique et l'Union européenne. Melilla et Ceuta, des territoires de quelques kilomètres carrés sous contrôle espagnol au Nord du Maroc, ce sont des petits bouts d'Europe en Afrique, qui font l'objet de tentatives d'intrusion de migrants, parfois massives et sévèrement réprimées. Publié mercredi 2 novembre, un documentaire de la BBC, l'audiovisuel public britannique, revient sur la journée du 24 juin dernier, la plus meurtrière à Melilla.

Ce jour-là, dès l'aube, 2 000 migrants, pour la plupart soudanais, essayent de franchir les clôtures de six mètres de haut. Ils sont frappés par la police marocaine, repoussés par la police espagnole, certains tombent du haut des barbelés, il y a des bousculades. Bilan : 23 morts, selon les autorités marocaines et espagnoles, officiellement à cause des mouvements de foule. Mais ce documentaire de la BBC contredit ces affirmations. Il estime le bilan à au moins 24 morts et 77 disparus. Potentiellement, donc, une centaine de victimes.

Ce sont aussi les méthodes des gardes-frontières marocains et de leurs homologues espagnols qui sont mises en cause. Sur les vidéos qui ont été récupérées et authentifiées, on voit des policiers marocains frapper des migrants à terre. Certains sont inconscients, d'autres visiblement blessés, aucun soin immédiat ne leur est apporté. "Du sang partout., des gens nus, des blessés..." raconte un jeune Soudanais. Les policiers marocains sont par ailleurs entrés en territoire espagnol pour en déloger plusieurs centaines de personnes, selon la BBC. Un procédé très contesté, qui empêche les migrants de déposer une demande d'asile.

"Une enquête sans preuve"

Pas de réaction côté Maroc pour le moment. Le ministère de l'Intérieur espagnol, lui, dénonce une enquête sans preuve, et soutient ses policiers face "à une intrusion massive et violente." Si l'on dézoome, la coopération policière à Ceuta et Melilla est un peu le baromètre des relations diplomatiques entre l'Espagne et le Maroc. L'an dernier, en plein brouille, Madrid a soupçonné Rabat d'avoir encouragé 8 000 migrants à forcer l'entrée, comme un acte de rétorsion après des différends diplomatiques entre les deux pays. Depuis un an, les relations se sont améliorées, mais est-ce au prix des violences contre les migrants ? En attendant, le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU réclame toujours une enquête transparente sur le drame du 24 juin dernier.        

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