Tensions sur l'amoxicilline : "On est très en colère parce qu'on alerte depuis des mois", regrette l'Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament

La cofondatrice de l'OTmeds explique que l'augmentation des prix de l'énergie a "des répercussions énormes sur la production phamarceutique". Certains fabricants, en Chine par exemple, décident de ne plus produire des antibiotiques.

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Radio France
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Un flacon d'amoxicilline, l'antibiotique, sous forme de solution buvable. (LIONEL LE SAUX / MAXPPP)

"On est très en colère parce qu'on alerte sur cette situation depuis des mois", a déclaré vendredi 18 novembre sur franceinfo Pauline Londeix, co-fondatrice de l'Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament (OTmeds) alors que l'Agence nationale de sécurité du médicament a annoncé de "fortes tensions d'approvisionnement" de l'amoxicilline, l'antibiotique le plus prescrit de France.

"Malheureusement, on nous rapporte déjà des ruptures" dans des pharmacies et les hôpitaux, indique-t-elle. Les difficultés touchent particulièrement les "formes buvables", à savoir les poudres à diluer pour les enfants, selon l'ANSM. "Ce qui nous inquiète terriblement, c'est que ça devrait toucher d'autres médicaments", déplore Pauline Londeix.

franceinfo : Cette situation n'était pas "anticipable" ?

Pauline Londeix : C'est même une obligation pour l'Etat. On est très en colère parce qu'on alerte sur cette situation depuis des mois, voire des années. On sait aussi, c'est que le contexte international, l'ultra concentration de la fabrication de la matière première en Asie de l'Est et du Sud, le contexte géopolitique avec la guerre en Ukraine et les conséquences sur le prix de l'énergie, a eu des répercussions énormes sur la production pharmarceutique. Aujourd'hui, ce que l'ANSM ne dit pas, mais ce qu'on a comme information, c'est que c'est également l'augmentation du prix de l'énergie qui pousse certains producteurs en Chine notamment, à ne plus produire cette matière première.

Les autorités françaises n'ont pas vu arriver cette pénurie, selon vous ?

Ce qui nous perturbe vraiment, c'est que cela fait plus d'un mois qu'on sait qu'aux Etats-Unis il y a des ruptures de ce médicament et qu'en France on a l'impression que les autorités sanitaires prennent des mesures un peu tardives.

L'ANSM parle de tensions. Malheureusement, on nous rapporte des ruptures déjà. Peut-être pas des ruptures totales d'amoxicilline, mais des ruptures à des endroits où il n'y a déjà plus ce médicament : hôpitaux et pharmarcies.

Pauline Londeix

à franceinfo

Par ailleurs, même si c'est l'amoxicilline qui est touchée en premier lieu, il y a d'autres risques de ruptures très importantes sur d'autres médicaments de cette classe thérapeutique. On ne pourra plus prescrire de l'amoxicilline, parce que les stocks ne seront plus là, les praticiens prescriront autre chose. Il y aura un effet domino sur d'autres médicaments. Ce qui nous inquiète terriblement, c'est qu'on sait également que ça devrait toucher d'autres médicaments. Donc c'est vraiment problématique. Il y a urgence pour que l'État se mette à produire des médicaments.

Que préconisez-vous concrètement ?

On préconise depuis longtemps une coordination européenne sur le sujet. Il faut réfléchir avec les partenaires des autres pays européens sur la répartition de la production, notamment de la matière première de ces médicaments entre pays européens pour ne pas être complètement dépendants. L'une des solutions envisagées par l'ANSM, c'est d'importer des médicaments de pays de l'hémisphère sud qui ont peut-être un petit peu moins de demandes pour ces médicaments en ce moment. Cela nous paraît absolument aberrant qu'on en arrive là. C'est comme si on n'avait pas tiré les leçons de ce qui s'est passé pendant la première vague du Covid avec les ruptures de midazolam et de curare dans les services de réanimation.

Le gouvernement n'a pas pris de mesures ?

Il y a eu des mesures symboliques avec notamment le plan France Relance qui a notamment permis de lancer la production de principes actifs de paracétamol dans l'Isère. Mais tout cela reste très symbolique. Il faut une production au moins en partie publique de certains de ces médicaments parce que les firmes pharmaceutiques nous disent : "Les prix de ces médicaments, notamment des antibiotiques, sont trop bas. Donc dès que le prix de la production de la matière première augmente, on ne s'y retrouve pas et on arrête la production". Il faut absolument qu'il y ait une production publique qui ne soit pas complètement soumise aux lois du marché et de l'offre et de la demande.

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