Inégalités salariales : "On ne peut pas dire qu'il y a eu une grande évolution", regrette Rebecca Amsellem, fondatrice du collectif "Les Glorieuses"

Rebecca Amsellem, économiste et fondatrice de la lettre d'information féministe "Les Glorieuses", rappelle qu'en moyenne, en France, les femmes gagnent 15,8% de moins que les hommes, contre 13% en Europe.

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Radio France
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Le collectif "Les Glorieuses" lors d'un rassemblement sur la place de la République pour lutter contre les inégalités salariales entre hommes et femmes, le 7 novembre 2016. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Depuis 9h10 ce vendredi, les femmes "travaillent gratuitement en France", selon "Les Glorieuses". Et ce à cause des inégalités de salaire entre les femmes et les hommes. "En moyenne, en Europe, les femmes gagnent 13% de moins que les hommes, alors qu'en France, c'est 15,8%", indique vendredi 4 novembre sur franceinfo Rebecca Amsellem, économiste et fondatrice de la lettre d'information féministe "Les Glorieuses". 

franceinfo : Cette date tombe un jour plus tard cette année que l'année dernière. Ça veut dire qu’il y a une petite amélioration ?

Rebecca Amsellem : On ne peut pas dire qu'il y a eu une grande évolution d'année en année puisque la date dépend à la fois de cette statistique d'Eurostat, qui est mise à jour tous les ans, et aussi du nombre de jours ouvrés dans l'année. Cette année, par exemple, il y a 253 jours ouvrés [contre 254 l'an dernier] c'est pour ça que ça tombe aujourd'hui à 9h10. On est moins bons que la moyenne européenne. En moyenne en Europe, les femmes gagnent 13% de moins que les hommes. En France, c'est 15,8%.

Qu'est-ce qui explique aujourd'hui ces inégalités salariales ?

Il y a trois grandes raisons pour expliquer ces inégalités de salaires. Dans un premier temps, c'est ce qu'on appelle la discrimination pure. Ce sont les biais sexistes qui existent dans nos sociétés qui font qu'aujourd'hui, à poste égal, à expérience égale, les femmes vont se voir proposer des postes moins bien rémunérés que les hommes. On est autour de 9% de différence.

La seconde raison, c'est la question du temps partiel. Les femmes ont tendance à recourir davantage au temps partiel que les hommes parce que ce sont elles qui vont s'occuper des proches, enfants ou parents âgés. Or, les temps partiels sont moins bien rémunérés au taux horaire que les temps pleins.

Enfin, troisième raison : il y a moins de femmes dans les postes qui sont plus valorisées économiquement en société comme la tech. Quand on parle d'inégalités salariales, on dit souvent aux femmes de se tourner vers les métiers de la tech et sortir finalement des métiers féminisés qui sont moins bien valorisés économiquement, à savoir les métiers du soin. Mais si personne ne travaille dans la tech, la société continue de tourner. En revanche, si personne ne travaille dans le soin ou dans le corps enseignant, la société ne fonctionne plus. C'est pour cela qu'on propose une revalorisation des salaires dits féminisés. Par exemple, les femmes représentent 90% du corps infirmier ou encore 65% du corps enseignant.

Justement, quelles autres mesures seraient efficaces, selon vous ?

On propose trois mesures, les trois sont efficaces. La première, c'est ce qu'on appelle un peu la mesure à zéro euro qui ne coûte absolument rien à l'État : le principe d’éga-conditionnalité. Il est mis en avant notamment par le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes. C'est un principe qui dit que l'on va conditionner l'accès aux marchés publics (le premier marché quand même en France) que l'on va conditionner aussi l'accès aux subventions publiques ou aux prêts garantis par l'État aux entreprises qui respectent l'égalité des salaires. Cela permet – a minima – de faire en sorte que les deniers publics ne servent pas à accentuer les inégalités de salaires.

Je pense que l'État a davantage à faire que les entreprises, en créant aussi un congé parental équivalent pour les deux parents, comme en Suède. Cela permettrait de travailler sur ce biais sexiste. Ça permettrait de faire en sorte de travailler sur un autre point : on se rend compte que les inégalités de salaires, si elles sont à peu près inexistantes au moment du début de carrière, ont tendance à se creuser au moment de l'âge du premier enfant.

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